Jean Fischart.
La liberté est la plus belle de toutes les fleurs.
Si j'étais une fleur, je serais un lys des Incas. D'abord, parce que presque personne ne connaît cette fleur, et pour moi, ce qui est inconnu prend aussitôt un charme fou. Ensuite, parce que, bien évidemment, cette fleur existe principalement en Amérique du Sud - et tout le monde se doit de savoir qu'avec mes origines mexicaines, l'origine sud-américaine ne peut être qu'un plus pour moi. Enfin, elle fleurit entre décembre, le mois de ma naissance, et mars, le début du printemps, qui est aussi le moment où, plutôt que me faner, je préfère m'envoler avec le pollen qui se diffuse un peu partout, m'envoler, dis-je, loin dans le ciel, entourée des nuages blancs et irrésistiblement doux, m'envoler loin de vous mais en vous portant dans mon coeur. Quoique le vous soit peut-être inapproprié dans un blog n'ayant pas de destinataire fixe. Tant pis. Pour finir sur la fameuse fleur, qui est aussi appelée amancay, il faut dire qu'elle est terriblement belle. Pour vous le prouver, je vous ai mis une image, en n'ôtant pas les couleurs, cette fois. Appréciez, car ça arrive trop rarement, noir, blanc, et gris, étant des habits bien plus discrets et fluides, poétiques et vrais, à mes yeux. Que disais-je ? Ah, oui. Enjoy.
J'ai fait court sur la fleur pour faire long sur la liberté. Je vous l'avais déjà signifié par le choix d'une colombe, et je vous le redis maintenant. Chaque pore, chaque cellule de mon être, aspire à la liberté, sans réellement savoir ce que cette notion signifie. Il y a, bien sûr, l'image du voyage interminable, de l'errance prônée par les romantiques, sur les chemins sinueux de l'existence, de pays en pays, avec cette précarité qui fait le charme d'une telle vision poétique. Mais je ne suis pas sûr que de telles choses me rendraient heureuse. On a beau dire, on aime son petit confort personnel. Alors où s'arrête la liberté et où commence la contrainte ? La conquête du bonheur dépend de l'un et de l'autre ; sur ce point, au moins, je n'ai aucun doute. Mais je continue de m'interroger sur bien d'autres idées. Qu'est-ce que la liberté ? Est-ce celle dont Montesquieu parlait ? Celle se limitant à respecter les lois établies ? N'est-ce pas paradoxal ? Liberté et en même temps contraintes des lois ? Un jour, quelqu'un m'a dit que j'avais des idées anarchiques. J'ai nié, sur le moment, mais la phrase a fait son chemin dans mon esprit, et, effectivement, il y a des moments où mes questions métaphysiques m'amènent jusqu'à l'anarchie. Et si on pouvait partir, un baluchon sur le dos, parcourir le monde, sans avoir de comptes à rendre à personne, sans études, sans argent, sans rien ? Mais non. Je ne le ferai pas. Je suivrai mon délicieux cursus universitaire et attendrai sagement d'avoir établi mon petit confort personnel, celui, peut-être, de ceux qui partageront ma vie future, après quoi je me laisserai aller, après quoi je m'évaderai dans le domaine qui me sied le plus : l'écriture. Vivement ces jours où mon imagination me guidera dans des mondes parallèles et mieux en tellement de points que celui-ci. Mais, attendez, tout le monde n'y a pas accès. Vous voulez un aperçu de ce que j'appelle la liberté ? Si vous êtes dans le taxi, posez votre tête sur le rebord de la portière, et regardez le ciel. Si vous êtes dans le bus, idem. Si vous êtes dans le métro, écoutez de la musique, et tentez d'imaginer une scène qui vous apaise : moi, c'est la mer telle qu'on la voit depuis la plage de Veracruz. Si vous êtes à pied, laissez-vous aller à l'incroyable observation du monde, d'une manière absolument détachée. Et enfin, si vous avez la chance d'être à scooter, aucune indication ; laissez-vous simplement aller à l'extase du vent, de la vue, de l'observation, du souffle et des sourires. Je compte sur vous. Savourez un peu ce qu'on a tendance à trop oublier, et ce sur quoi j'hésite à apposer le beau nom, triste et grave, de liberté.