Prélude

Prélude


Fahrenheit 451
Température à laquelle le papier s'enflamme et se consume





« Un. Savez-vous pourquoi des livres comme celui-ci ont une telle importance ? Parce qu'ils ont de la qualité. Et que signifie le mot qualité ? Pour moi, ça veut dire texture. Ce livre a des pores. Il a des traits. Vous pouvez le regarder au microscope. Sous le verre vous trouverez la vie en son infini foisonnement. Plus il y a de pores, plus il y a de détails directement empruntés à la vie par centimètre carré de papier, plus vous êtes dans la 'littérature'. C'est du moins ma définition. Donner des détails. Des détails pris sur le vif. Les bons écrivains touchent souvent la vie du doigt. Les médiocres ne font que l'effleurer. Les mauvais la violent et l'abandonnent aux mouches. »

# Posté le lundi 28 janvier 2008 15:30

Modifié le mercredi 23 avril 2008 16:24

CHAPTER I

CHAPTER I
Friedrich Nietzsche
Ce sont les paroles les moins tapageuses qui suscitent la tempête
et les pensées qui mènent le monde viennent sur des pattes de colombe.

Si j'étais un animal, je serais une colombe. Je serais libre de prendre mon propre envol à l'instant où j'en aurais envie. Je pourrais aller où je veux, quand je le veux. Il me suffirait d'étendre mes ailes pour m'enfuir, je n'aurais d'attaches nulle part et je ne devrais rien à personne. Un rêve en soi. J'aime beaucoup certaines personnes et peut-être qu'un jour je tomberais réellement amoureuse - encore que cela me semble être, pour le moment, une illusion éphémère qui finit par s'évanouir dans les airs - mais peu importe, je ne veux pas me trouver poings et pieds liés. Plutôt mourir. Plutôt m'enfuir. Plutôt voler.
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# Posté le mercredi 23 avril 2008 16:03

Modifié le mercredi 23 avril 2008 16:24

CHAPTER II

CHAPTER II
Yvon Deveault
Il n'y a rien de plus touchant que le regard extasié d'un enfant devant une fleur
sauf, peut-être, de voir un adulte qui parvient encore à en faire autant.




Si j'étais une ville, je serais Paris. Elle est moi. Mais je ne suis pas complètement elle. Que symbolise-t-elle, au fond ? Il y a la fascination d'une immense partie du monde pour ses monuments, son caractère à la fois historique et culturel absolument indéniable, magnifique, même : et, avec ma curiosité naturelle, cette envie terrible de vouloir en savoir plus, comment pourrais-je ne pas rêver de cette connaissance qu'elle emmagasine avec un certain orgueil qu'on ne peut lui reprocher ? Il y a, ensuite, ce romantisme qu'on attache à Paris, et avec raison : si vous ne l'avez jamais fait, promenez-vous sur les quais, dans les ruelles, dans le quartier latin, aux halles, partout, peu importe, promenez-vous et prenez la peine de regarder autour de vous. Ah, bien entendu, avec James Brown ou The White Stripes dans les oreilles, la magie ne pourra pas s'effectuer ; ou bien vous choisissez quelque chose de plus adéquat, ou bien vous laissez les bruitages naturels de la capitale vous envahir. Et puis, vous marchez et vous regarder, et vous vous prenez pour Baudelaire ou Apollinaire, et ça y est ; le romantisme vous frappe, une nostalgie aussi, des souvenirs, bien sûr. Et comment ne pas vouloir faire un tel effet sur quelqu'un, le frapper de tant de sentiments contradictoires et envahissants, le rendre tour à tour amoureux et désespéré, heureux et mélancolique ? Le Paris des ruelles ne peut que séduire, vous dis-je. Il y a, enfin, cette appellation si juste, si vraie. Paris est la ville des lumières. Là aussi, vous ne pourrez comprendre qu'à partir d'une expérience unique et pourtant banale, simple et pourtant tardive dans mon cas : celle d'une promenade, avec quelqu'un auquel vous tenez réellement, dans Paris, la nuit. Le soleil s'est couché, et les lumières s'allument, partout. Il y a les phares, les lampadaires, les lumières à l'intérieur des bâtiments, les réverbères de la rue et puis des quais, ceux qui sont suspendus aux bâteaux mouches ou aux péniches, les bougies et les lumières de ceux qui dinent en amoureux sur les quais, ceux, artificiels, qui font exploser de lueurs la façade de Notre Dame, ceux, celles, partout, tout le temps, qui éblouissent et font de cette balade un moment absolument inoubliable. Prenez la peine de fermer les yeux et puis de les rouvrir, prenez la peine de vous arrêter sur un quai et de vous perdre dans l'observation des reflets sur l'eau, prenez la peine de prendre votre temps, de respirer et d'admirer, prenez la peine d'oublier le reste, vos vains soucis et tout ce qui est lié à la vie, prenez la peine de voir, et alors vous comprendrez.
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# Posté le jeudi 12 juin 2008 16:56

CHAPTER III

CHAPTER III

Jean Fischart.
La liberté est la plus belle de toutes les fleurs.




Si j'étais une fleur, je serais un lys des Incas. D'abord, parce que presque personne ne connaît cette fleur, et pour moi, ce qui est inconnu prend aussitôt un charme fou. Ensuite, parce que, bien évidemment, cette fleur existe principalement en Amérique du Sud - et tout le monde se doit de savoir qu'avec mes origines mexicaines, l'origine sud-américaine ne peut être qu'un plus pour moi. Enfin, elle fleurit entre décembre, le mois de ma naissance, et mars, le début du printemps, qui est aussi le moment où, plutôt que me faner, je préfère m'envoler avec le pollen qui se diffuse un peu partout, m'envoler, dis-je, loin dans le ciel, entourée des nuages blancs et irrésistiblement doux, m'envoler loin de vous mais en vous portant dans mon coeur. Quoique le vous soit peut-être inapproprié dans un blog n'ayant pas de destinataire fixe. Tant pis. Pour finir sur la fameuse fleur, qui est aussi appelée amancay, il faut dire qu'elle est terriblement belle. Pour vous le prouver, je vous ai mis une image, en n'ôtant pas les couleurs, cette fois. Appréciez, car ça arrive trop rarement, noir, blanc, et gris, étant des habits bien plus discrets et fluides, poétiques et vrais, à mes yeux. Que disais-je ? Ah, oui. Enjoy.

J'ai fait court sur la fleur pour faire long sur la liberté. Je vous l'avais déjà signifié par le choix d'une colombe, et je vous le redis maintenant. Chaque pore, chaque cellule de mon être, aspire à la liberté, sans réellement savoir ce que cette notion signifie. Il y a, bien sûr, l'image du voyage interminable, de l'errance prônée par les romantiques, sur les chemins sinueux de l'existence, de pays en pays, avec cette précarité qui fait le charme d'une telle vision poétique. Mais je ne suis pas sûr que de telles choses me rendraient heureuse. On a beau dire, on aime son petit confort personnel. Alors où s'arrête la liberté et où commence la contrainte ? La conquête du bonheur dépend de l'un et de l'autre ; sur ce point, au moins, je n'ai aucun doute. Mais je continue de m'interroger sur bien d'autres idées. Qu'est-ce que la liberté ? Est-ce celle dont Montesquieu parlait ? Celle se limitant à respecter les lois établies ? N'est-ce pas paradoxal ? Liberté et en même temps contraintes des lois ? Un jour, quelqu'un m'a dit que j'avais des idées anarchiques. J'ai nié, sur le moment, mais la phrase a fait son chemin dans mon esprit, et, effectivement, il y a des moments où mes questions métaphysiques m'amènent jusqu'à l'anarchie. Et si on pouvait partir, un baluchon sur le dos, parcourir le monde, sans avoir de comptes à rendre à personne, sans études, sans argent, sans rien ? Mais non. Je ne le ferai pas. Je suivrai mon délicieux cursus universitaire et attendrai sagement d'avoir établi mon petit confort personnel, celui, peut-être, de ceux qui partageront ma vie future, après quoi je me laisserai aller, après quoi je m'évaderai dans le domaine qui me sied le plus : l'écriture. Vivement ces jours où mon imagination me guidera dans des mondes parallèles et mieux en tellement de points que celui-ci. Mais, attendez, tout le monde n'y a pas accès. Vous voulez un aperçu de ce que j'appelle la liberté ? Si vous êtes dans le taxi, posez votre tête sur le rebord de la portière, et regardez le ciel. Si vous êtes dans le bus, idem. Si vous êtes dans le métro, écoutez de la musique, et tentez d'imaginer une scène qui vous apaise : moi, c'est la mer telle qu'on la voit depuis la plage de Veracruz. Si vous êtes à pied, laissez-vous aller à l'incroyable observation du monde, d'une manière absolument détachée. Et enfin, si vous avez la chance d'être à scooter, aucune indication ; laissez-vous simplement aller à l'extase du vent, de la vue, de l'observation, du souffle et des sourires. Je compte sur vous. Savourez un peu ce qu'on a tendance à trop oublier, et ce sur quoi j'hésite à apposer le beau nom, triste et grave, de liberté.
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# Posté le lundi 16 juin 2008 19:00

Modifié le lundi 16 juin 2008 19:19

CHAPTER IV

CHAPTER IV



Si j'étais un compositeur, je serais Chopin. Beaucoup trouveront ce choix étrange, de par la vie difficile qu'il a eu, et la brièveté de son existence. Que puis-je dire pour justifier un tel choix ? Il était amoureux de Georges Sand, ne semble pas avoir été en retour, et a réussi, plutôt que laisser couler sa peine dans une vaine morve, à la traduire sur des partitions, en des notes de musique qui ont sauvé la vie de beaucoup de personnes depuis, ouvert des univers à bien d'autres, fait rêver, pleurer, sourire. Je suis bien placée pour le dire. Je joue du piano, et de tous les morceaux, ce sont bien ses nocturnes qui m'ont fait le plus frissonner. Il suffit de fermer les yeux pour voir le compositeur qui écrit frénétiquement ses notes, le soir, sous une lumière vacillante, son coeur encore fumant du chagrin cuisant de sa journée, ses yeux encore brillants de larmes, et sa plume qui frétille, et sa plume qui file. Note après note, il compose ce que l'on continue à jouer plus d'un siècle plus tard. Normal, me direz-vous. Extraordinaire, d'après moi. Pourquoi pas Mozart, Bach, Beethoven ? On continue à les jouer eux aussi. Mozart est exclu, dès le départ, ç'a beau être un génie, il ne m'a jamais faite frissonner, il n'a donc pas sa place dans mes compositeurs préférés. Bach a longtemps été exclu, mais j'ai ensuite écouté quelques-uns de ses opéras, et surtout des passages pour soprano, si sublimes, si émouvants, qu'il a réintrégré ce mince cercle. Quant à Beethoven, il a suffi de Clair de Lune pour me séduire. Mais il y en a bien d'autres. Je pourrais vous parler de Fauré, que j'ai découvert très récemment grâce aux recommandations d'un ami, ou encore de X et Y. Mais à quoi bon ? Je vous ai dit ceux qui comptaient pour moi. Je vous ai dit Chopin. Ecoutez donc le Dernier Nocturne en Ut Dièse Mineur. C'a a l'air compliqué dit comme ça, mais à entendre, c'est simple et ça tient en un mot : magnifique.

On a tendance à trop mettre de côté la musique classique, comme les auteurs classiques ou tout ce qui est dit classique. A quoi c'est dit ? Est-ce que le terme classique rebute ? Ou est-ce que ces instruments sur lesquels on n'appose pas de voix, pas de mots, ne nous parlent pas assez, enfants ? L'enfance n'est-elle pourtant pas la période pendant laquelle, maîtrisant moins les mots que pendant le reste de notre vie, on s'attache plus aux gestes et aux sons ? Peut-être est-ce parce qu'on ne prend pas le de nous expliquer que ces compositeurs ont souffert, ont ri, ont vécu, et que c'est ce qu'ils ont laissé derrière eux, c'est un peu leur vie, un peu leurs expériences, qu'ils nous transmettent. Peut-être, tout simplement, que ce que nos parents mettaient sur des disques poussiéreux comme les vieux livres trop longtemps fermés, nous semblait être des sons sans suite logique, sans existence propre, sans raison d'être. Peut-être est-ce pour cela que j'ai tant aimé Chopin. Peut-être est-ce tout simplement parce qu'après avoir frissonné en écoutant le Nocturne en question, ma prof de piano a prit le temps de me dire : il était fou amoureux de Georges Sand, qui ne l'a jamais aimé en retour, et sa musique n'en a été que plus belle ; et puis il est mort jeune, tu sais ? Peut-être que ces notes prenaient soudain beaucoup plus de profondeur. Peut-être que tout à coup, l'univers de la musique classique s'ouvrait à moi parce que j'allais redécouvrir les expériences passées d'un homme qui avait souffert.

# Posté le mercredi 18 juin 2008 15:58